Sunday, 14 May 2017

Un siècle d'écrivains - Boris Vian réalisé par Bernard Gonner & Marika Princay



Brièvement en vie (1920-1959), Boris Vian fut, entre autres, l'undes princes de Saint-Germain-des-Prés (au point d'en écrire un Manuel). C'est donc assez naturellement sur des images de la terrasse du Flore que démarre le Siècle d'écrivains qui lui est consacré. De santé fragile, le jeune Boris, né à Ville-d'Avray dans une famille fantasque, n'avait pas, contrairement à ce qu'il prétend dans l'une de ses chansons, l'Ame slave. Mais «l'enfant à chair molle» (in l'Herbe rouge), surcouvé par sa mère (dite «la Pouche»), montre des dispositions aussi grandes pour les études que pour la déconnade haut de gamme. Centralien, il entre comme ingénieur à l'Afnor, et, immergé dans ce haut lieu de la normalisation bureaucratique, recycle ses observations dans un premier roman publié quasiment par hasard chez Gallimard en 1946: Vercoquin et le plancton. On y décèle également son goût pour le jazz, virus contracté à l'âge de 16 ans, qui ne le lâchera plus jamais, et qui, détail piquant, lui permettra d'apprendre l'anglais en autodidacte. La découverte des bopers, plus tard, lui fournira une ligne de conduite: «Je m'efforce toujours de conserver un style clair.»

Après la guerre, il démissionne de l'Afnor, travaille à l'Office du papier et écrit l'Ecume des jours, roman fétiche de l'adolescence consacré à «l'angoisse du jeune couple», désormais étudié en cours de français. Surtout, il se rend coupable, du moins aux yeux de certains, d'un canular qui lui coûtera cher: afin de prouver qu'il est capable de pondre une Série noire en quinze jours, il publie, sous le pseudo de Vernon Sullivan, J'irai cracher sur vos tombes, qui reste l'un de ses romans les plus célèbres, même s'il n'est certainement pas le meilleur. Dans le même temps, il collabore à Jazz Hot, et dépouille trois kilos de journaux américains par mois pour en faire une revue de presse, joue de la trompette dans l'orchestre de Claude Abadie, ce qui ne l'empêche pas de peindre, ni de faire l'acteur. Il mourra au cinéma, devant les premières images du film J'irai cracher sur vos tombes, qu'il désavouait.

Auteur de dix romans, de pièces de théâtre, de poèmes, de nouvelles, de scénarios et de près de 500 chansons, figure du noctambulisme germanopratin, Boris Vian jouit, du coup, d'une réputation de dilettante, doué en tout, mais génial en rien. Si le portrait dressé par Marika Prinçay et Bernard Gonner rend assez bien compte de ce talent protéiforme, il relève malheureusement plus du mausolée pesant que de l'ode à un fieffé déconneur.

Chute de livres de poche au ralenti sur fond d'Ascenseur pour l'échafaud, gros plan sur la TSF pour signaler qu'il s'agit d'archives radio, extérieurs nuits sépia dans Saint-Germain-des-Prés de nos jours, extraits lus par Antoine de Caunes avec le charisme d'un élève de sixième disant du Verhaerhen... l'ensemble ne brille pas par sa légèreté, pourrait-on noter en marge de la copie. Quant aux formidables chansons de Vian, le Déserteur est la seule retenue. On l'a certes beaucoup chantée autrefois à l'occasion de déplacements en autocar, mais elle reste très en dessous de Fais-moi mal Johnny, J'suis snob ou Quand j'aurai du vent dans mon crâne, poème mis en musique par Gainsbourg. Pathétique et drôle, comme Vian lui-même.

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