Saturday, 12 August 2017

Avoir 20 ans en 1960 et aujourd'hui réalisé par René-Jean Bouyer



Quoi de plus agaçant pour les jeunes d'entendre ce sempiternel refrain de leurs parents: «À notre époque, c'était mieux»? Comme si leur société avait le monopole de la musique, de la télé, du travail, des rapports familiaux, du respect des valeurs. Que pensent ceux qui ont 20 ans aujourd'hui des jeunes des années 1960? Est-ce une chance ou une malchance d'avoir cet âge aujourd'hui?

C'est à ces questions que répond le documentaire astucieux écrit et réalisé par René-Jean Bouyer. Il a suivi un groupe d'étudiants en gestion culturelle, chargé de construire un site Internet sur les années 1960 vécues par les jeunes. Principaux centres d'intérêts, mœurs, goûts musicaux et vestimentaires, rapports avec les adultes, façons d'appréhender leur vie. Pendant trois mois, ces étudiants, âgés de 19 à 24 ans, habitant pour la plupart la banlieue parisienne, ont arpenté les Puces et les salles de vente à la recherche de vieux magazines, d'objets de décoration, de vêtements, de vinyles, et visionné les archives de l'INA (Institut national de l'audiovisuel) pour s'imprégner de cette époque et s'en faire une idée plus précise. D'ailleurs, c'est amusant de les entendre avant le début de leur travail: «J'aurais aimé avoir 20 ans dans les années 1960» ; «Pour moi c'était une période élégante où ça swinguait et où on s'amusait».

Incrédulité
Ensuite, ils prennent conscience du «gros décalage» entre leur fantasme et ce que leurs parents leur ont raconté. Notamment sur les rapports entre les hommes et les femmes, et la condition féminine. «La conduite des jeunes filles était très surveillée, la contraception absente, l'avortement interdit», souligne René-Jean Bouyer. Incrédulité des étudiantes quand elles entendent les anciennes expliquer qu'elles se doivent de rester «pures» pour leur mari mais qu'elles trouvent normal que les garçons multiplient les aventures avant le mariage. «C'est totalement fou, un tel discours, et totalement rétrograde!»

Quant aux relations avec leurs parents, elles étaient souvent conflictuelles. Le fossé entre les générations est moins grand aujourd'hui. «Aller avec mon père à un concert et passer la soirée après avec ses amis et en m'amusant, impossible dans les années 1960!», note une étudiante. La grande différence, c'est l'esprit des jeunes soixante-huitards: «Ils avaient confiance en l'avenir, le chômage n'existait pas. Les jeunes aujourd'hui ne rêvent plus, ils cherchent la stabilité.» Et de revoir les premiers concerts de Johnny, écouter Antoine et Jacques Dutronc, se souvenir de la nouvelle vague et des starlettes.

Pourtant, après cette plongée quarante ans en arrière, les jeunes ne sont pas si tendres avec leurs aînés. Ils leur reprochent de ne pas être allés au bout de Mai 68 - «ils sont rentrés dans le moule» -, de ne pas s'être assez préoccupés de l'avenir - «c'était une génération de jouisseurs». Et de conclure: «À nous d'inventer un modèle.»

No comments:

Post a Comment